Écolos poils au dos : le vrai coût carbone d’un enfant
Il y a 40 ans, on me demandait pourquoi je n’avais pas d’enfants.
À l’époque je n’avais pas de réponse. Enfin si, j’en avais une, mais elle ne se chiffrait pas. C’était plutôt de l’ordre du « j’ai pas envie, arrêtez de me regarder comme un extraterrestre au repas de famille ».
Aujourd’hui j’ai les chiffres. Et honnêtement, ils sont plus convaincants que tout ce que j’aurais pu inventer.
Le bilan carbone réel d’un enfant français
Un enfant français, de sa naissance à ses 18 ans, en suivant sagement les moyennes nationales, ça produit :
- 10 tonnes de déchets ménagers
- 148 tonnes de CO2 équivalent
- 360 kg de déchets électroniques
Et ça, c’est juste pour arriver à l’âge où il commence à polluer pour de vrai, en tant qu’actif.
La moyenne en France aujourd’hui, c’est 1,6 enfant par femme. Dans les années 80, quand on me posait la question avec ce petit sourire gêné-inquisiteur propre aux tantes de mariage, on tournait plutôt autour de 1,8. Une famille « normale » de l’époque, sur les 18 premières années de vie de ses enfants, c’était donc dans les 265 tonnes de CO2, rien que pour les mettre sur les rails jusqu’au bac.
Moi je n’ai rien mis sur les rails. J’ai juste gardé mes deux jouets.
Le paradoxe des écolos poils au dos
Le plus savoureux, c’est que ce reproche, je l’ai aussi entendu dans la bouche de gens très soucieux de la planète. « Ne pas donner la vie, c’est égoïste. » Venant de quelqu’un qui trie ses biodéchets et culpabilise sur son yaourt en plastique, c’est un raisonnement assez audacieux : il faudrait, par grandeur d’âme, mettre au monde un être qui va émettre 148 tonnes de CO2 avant même d’avoir eu le droit de voter. On m’explique que ne pas procréer c’est de l’égoïsme, au moment même où le fait de procréer est, statistiquement, l’acte individuel le plus polluant qu’un être humain puisse commettre. Il y a comme une contradiction dans les rangs.
Et le plus beau, c’est que ça continue. La nouvelle génération, celle qui manifeste le vendredi, qui boycotte le steak et qui m’explique doctement mon bilan carbone, fait des enfants comme tout le monde. Toujours le même geste, transmis sans un instant d’hésitation, sans jamais faire le rapprochement entre la pancarte du matin et la poussette du soir. On continue le cycle en toute bonne conscience, on culpabilise le voisin sur ses trajets en voiture, et on met au monde le plus gros poste d’émissions de toute une existence humaine. Le militantisme s’arrête pile où commence le désir personnel. C’est fascinant, en fait, cette capacité à porter une cause à bout de bras tout en continuant sereinement d’en produire la cause.
Moi, pendant ce temps, en Harley et en Mustang
Parce qu’il faut qu’on parle de moi, maintenant. Je roule en Harley-Davidson et en Ford Mustang à l’éthanol — pour compenser, hein, pas au diesel comme un sauvage — ce qui, dans l’imaginaire collectif, fait quand même de moi une sorte de pyromane routier notoire. Sauf qu’à ce rythme-là, moteur ouvert, gaz au plancher tous les dimanches pendant quarante ans, il me faudrait bien trois ou quatre vies pour seulement égaler ce qu’une famille moyenne française balance dans l’atmosphère en élevant simplement ses enfants jusqu’à leur majorité.
Alors la prochaine fois qu’on me demande pourquoi je n’ai pas d’enfants, je répondrai poliment : par civisme. Et je repartirai en Mustang, la conscience tranquille et le moteur bruyant, laissant les vrais pollueurs pousser des poussettes.
Sources : ADEME (déchets ménagers et assimilés 2023, DEEE), SDES/Insee (empreinte carbone France 2024), Insee/INED (indicateur conjoncturel de fécondité, 2025 et estimation années 1980).
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