CHRONIQUE D’UNE FRANCE LIQUIDÉE : DU FREXIT À L’AVÈNEMENT DU CARTEL
Résumé : Le 29 mai 2005, les Français ont dit « NON » à l’Europe. En 2008, le Traité de Lisbonne leur a été imposé. De De Gaulle à Macron, l’histoire d’une souveraineté confisquée. Le Frexit est-il l’ultime recours face à cette France liquidée ?
I. Le Crépuscule du Chêne ou l’Honneur en Exil (1969)
Il est des moments où l’Histoire ne s’effondre pas brutalement, mais se retire avec une forme de lassitude, comme si elle renonçait à porter plus longtemps le poids d’une grandeur devenue encombrante. Derrière les discours officiels, derrière les mots convenus de démocratie et de progrès, se dessine alors une réalité plus prosaïque : celle d’un pays qui, peu à peu, substitue au sens du destin collectif le confort d’une gestion ordinaire.
C’est dans ce climat qu’intervient l’année 1969. Non pas comme un commencement, mais comme une fin. Charles de Gaulle incarne alors une conception du pouvoir déjà en décalage avec son époque. Il ne gouverne pas la France comme une structure administrative ou économique, mais comme une continuité historique, presque comme une idée. Cette vision, exigeante et parfois dérangeante, suppose que le pouvoir ne soit ni un acquis, ni un droit, mais une responsabilité soumise en permanence à l’approbation du peuple.
Le référendum qu’il organise cette année-là s’inscrit dans cette logique. Il n’y est nullement contraint. Il aurait pu, comme beaucoup après lui, s’appuyer sur les mécanismes institutionnels pour se maintenir. Il choisit au contraire d’engager directement sa légitimité. Le résultat est connu : le « non » l’emporte avec 52,41 % des suffrages.
Ce qui suit est, aujourd’hui encore, difficile à concevoir. Il ne conteste pas. Il ne temporise pas. Il ne cherche ni interprétation ni échappatoire juridique. Il applique strictement ce qu’il avait implicitement posé comme règle : un désaveu populaire appelle un retrait. Ce geste, en apparence simple, marque une rupture profonde. Il suppose une certaine idée de la dignité politique, dans laquelle le pouvoir ne se conserve pas contre le peuple, même au nom de la stabilité.
À bien des égards, Charles de Gaulle appartient déjà à un autre temps. Un temps où l’on considérait que la fonction primait sur l’individu, et où l’État ne se confondait pas avec ceux qui l’exerçaient. Cette conception se reflétait jusque dans les détails : refus de cumuler certains avantages, attention portée à la distinction entre dépenses publiques et dépenses privées, souci de ne pas faire peser sur l’État ce qui relevait de la sphère personnelle.
Après son départ, il se retire à Colombey-les-Deux-Églises, sans chercher à prolonger son influence. Ce retrait n’est pas seulement géographique : il marque la fin d’un cycle politique. Car au-delà de l’homme, c’est une certaine idée de la fonction présidentielle qui s’efface. Le chef de l’État, jusque-là porteur d’une vision et d’une autorité singulière, tend progressivement à devenir un acteur parmi d’autres dans un système de plus en plus technicisé et contraint.
Le contraste est particulièrement visible si l’on observe la place du conjoint présidentiel à cette époque. Contrairement à d’autres pays, la France ne reconnaît aucun statut officiel à ce rôle. Il n’existe ni fonction définie, ni budget spécifique inscrit dans les textes. Yvonne de Gaulle incarne pleinement cette discrétion. Elle ne dispose pas de cabinet structuré, ni d’équipe dédiée comparable à celles que l’on verra apparaître par la suite. Son activité se limite à des engagements ponctuels, sans qu’ils donnent lieu à une institutionnalisation.
Les moyens mis à sa disposition restent intégrés au fonctionnement général de la présidence, sans ligne budgétaire autonome clairement identifiée. Cette situation traduit une conception stricte de la séparation entre la fonction publique et la vie privée. Ce modèle disparaîtra progressivement. Ce qui relevait de la discrétion deviendra organisation, puis structure, puis, dans certains cas, quasi-institution.
Ainsi, l’année 1969 ne marque pas seulement la fin d’un mandat. Elle ouvre une période nouvelle, dans laquelle le pouvoir va se transformer en profondeur. Moins incarné, plus technique, plus dépendant de contraintes extérieures, il va progressivement changer de nature. Ce qui s’efface alors, ce n’est pas uniquement une figure politique. C’est une certaine idée de l’État.
II. L’Infiltration ou la Trinité des Marchés (1969–1973)
À peine le départ de Charles de Gaulle acté, une transformation plus discrète mais autrement déterminante s’opère. Il ne s’agit pas d’une rupture visible, encore moins d’un bouleversement institutionnel spectaculaire, mais d’un glissement de logique. Là où prévalait une vision politique structurée par la souveraineté et l’indépendance, s’installe progressivement une approche fondée sur la gestion, la rationalisation et l’intégration aux circuits économiques internationaux.
L’arrivée au pouvoir de Georges Pompidou incarne ce basculement. Son parcours, notamment dans le secteur bancaire, ne constitue pas en soi une anomalie. Il traduit en revanche une évolution : l’accès aux plus hautes fonctions de l’État n’est plus seulement le prolongement d’un engagement politique ou historique, mais peut également résulter d’une expertise issue du monde économique et financier.
Avec lui, le centre de gravité se déplace. L’État ne disparaît pas, mais il change de posture. Il ne s’agit plus prioritairement de porter une ambition nationale autonome, mais de s’inscrire dans des équilibres, de gérer des contraintes, d’arbitrer entre des impératifs économiques de plus en plus structurants.
La Loi de 1973 : prélude à la France liquidée ?
C’est dans ce contexte qu’intervient la loi du 3 janvier 1973 relative à la Banque de France. Souvent évoquée, parfois caricaturée, elle mérite d’être replacée dans sa réalité juridique : elle modifie les conditions dans lesquelles l’État peut se financer, en limitant le recours direct au financement par la banque centrale.
Concrètement, cela signifie que le Trésor public ne peut plus, comme auparavant, obtenir des avances directes de la Banque de France dans certaines conditions. Le financement passe désormais davantage par les marchés financiers, c’est-à-dire par l’émission de dette souscrite par des acteurs publics et privés. Ce changement, technique en apparence, produit des effets structurels. Il introduit une dépendance accrue vis-à-vis des conditions de financement externes. Le coût de la dette devient une variable déterminante, et la crédibilité financière de l’État s’impose comme un objectif en soi.
Il ne s’agit pas ici d’un basculement immédiat, mais d’un point d’inflexion. Progressivement, la logique budgétaire se trouve influencée par des paramètres extérieurs : taux d’intérêt, confiance des investisseurs, notation financière. La décision politique se voit ainsi encadrée par des contraintes qui ne relèvent plus exclusivement du cadre national. Dans le même temps, la planification, héritée de la période gaullienne, perd de son importance. Elle ne disparaît pas totalement, mais son rôle s’efface au profit d’outils d’ajustement plus souples, plus réactifs, mais aussi plus dépendants d’un environnement économique globalisé.
Ce mouvement ne doit pas être réduit à une intention unique ou à une stratégie délibérée de dépossession. Il correspond aussi à une évolution plus large des économies occidentales, marquées par l’ouverture des marchés, la montée en puissance de la finance et la transformation des modes de régulation. Il n’en reste pas moins que la conséquence est réelle : la souveraineté économique de l’État se trouve partiellement redéfinie. Elle ne disparaît pas, mais elle s’exerce désormais dans un cadre contraint, où l’autonomie de décision est conditionnée par des facteurs extérieurs. La France ne cesse pas d’être une puissance. Mais elle commence à composer.
III. Le Sacre de l’Ombre ou la Rose à la Francisque (1981–1995)
L’élection de François Mitterrand en 1981 constitue un moment de rupture politique majeur. Elle marque l’arrivée de la gauche au pouvoir sous la Ve République et suscite, à l’époque, une attente considérable. Pour une partie de la population, il s’agit d’un changement profond, porteur d’une transformation sociale et économique.
Les premières années du septennat s’inscrivent d’ailleurs dans cette logique, avec une série de réformes significatives. Mais très rapidement, un tournant s’opère, notamment à partir de 1983, avec ce que l’on appellera le « tournant de la rigueur ». Ce réajustement traduit les contraintes auxquelles le pouvoir se trouve confronté, notamment en matière monétaire et budgétaire. Au-delà des politiques menées, la période est également marquée par une évolution du rapport entre pouvoir, communication et récit.
Le parcours de François Mitterrand avant son accession à la présidence fait l’objet de nombreux travaux et controverses. Son passage par les institutions du régime de Vichy, son obtention de la Francisque, ainsi que ses relations ultérieures avec certaines figures comme René Bousquet, ont alimenté un débat historiographique toujours actif. Ces éléments, sans être ignorés, n’ont pas empêché son accession au pouvoir ni son maintien pendant quatorze années. Cela tient en partie à sa capacité à construire une image politique cohérente et à maîtriser les codes de la communication publique.
L’épisode de l’attentat de l’Observatoire en 1959, souvent évoqué, illustre cette dimension. Quelles qu’en soient les interprétations, il témoigne d’un rapport singulier à la mise en scène politique. Sous sa présidence, la vie politique se transforme progressivement. Le débat ne disparaît pas, mais il se structure davantage autour de lignes de clivage symboliques. La qualification morale de l’adversaire prend une place croissante dans l’affrontement politique. Parallèlement, certaines continuités interpellent. La relation entretenue avec René Bousquet, notamment, a suscité de nombreuses interrogations, en raison du rôle de ce dernier sous l’Occupation. Ces éléments ont contribué à nourrir une perception contrastée de cette période.
Sur le plan institutionnel, les transformations sont plus diffuses mais tout aussi significatives. La présidence se structure davantage, les entourages se développent, et certaines fonctions jusque-là informelles tendent à se formaliser. C’est également à cette époque que le rôle du conjoint du chef de l’État évolue sensiblement. Danielle Mitterrand s’engage activement dans des causes politiques et humanitaires, notamment à travers sa fondation. Cet engagement conduit à la mise en place d’un entourage dédié, composé de collaborateurs et de moyens logistiques.
Ces évolutions restent intégrées au fonctionnement global de la présidence, sans cadre juridique spécifique clairement défini. Elles marquent néanmoins une étape : ce qui relevait auparavant de la sphère privée tend à s’inscrire dans une organisation plus structurée, financée indirectement par des ressources publiques. La période Mitterrand apparaît ainsi comme un moment de transition. La politique ne se réduit plus à l’action ; elle devient aussi représentation. Le pouvoir ne se contente plus d’exercer une autorité ; il construit un récit. Et dans cet espace nouveau, la perception compte parfois autant que les faits.
IV. L’Art de l’Immobilisme ou le Grand Divorce (1995–2007)
L’élection de Jacques Chirac en 1995 s’inscrit dans un contexte particulier. Après quatorze années de présidence mitterrandienne, le pays exprime une attente de rééquilibrage, notamment sur le plan social. La campagne est marquée par un thème fort : la « fracture sociale ». L’expression rencontre un écho réel, traduisant un malaise profond face aux inégalités et au sentiment de déclassement.
Pourtant, une fois au pouvoir, la dynamique engagée ne correspond pas aux attentes suscitées. Très rapidement, le gouvernement dirigé par Alain Juppé met en œuvre un plan de réforme ambitieux, notamment sur la Sécurité sociale et les retraites. Ces mesures déclenchent un mouvement social d’ampleur exceptionnelle à l’automne 1995. Pendant plusieurs semaines, le pays est fortement perturbé. Les grèves massives traduisent une opposition profonde, non seulement aux réformes elles-mêmes, mais aussi à la méthode employée.
Face à cette mobilisation, le pouvoir recule. Le plan est en partie abandonné. Cet épisode constitue un moment clé. Il révèle la difficulté croissante pour un gouvernement de mener des réformes structurelles sans adhésion sociale. Mais surtout, il produit un effet durable sur les pratiques politiques. À partir de ce moment, une forme de prudence s’installe. Les réformes les plus sensibles tendent à être différées, atténuées, ou déplacées vers des cadres moins directement soumis à la contestation.
C’est dans ce contexte que les engagements européens prennent une importance accrue. Le traité de Maastricht, entré en vigueur en 1993, fixe des critères précis en matière de finances publiques. Ces contraintes, acceptées par les États, s’imposent désormais comme des repères structurants. Progressivement, certaines décisions économiques et budgétaires sont justifiées au nom de ces engagements. Le cadre européen devient à la fois un levier et une contrainte.
Parallèlement, la vie politique connaît une configuration inédite avec les périodes de cohabitation. Entre 1997 et 2002, le président Jacques Chirac gouverne avec un Premier ministre issu de la majorité opposée. Cette situation, prévue par les institutions, conduit à une forme de partage du pouvoir. Si elle témoigne d’une certaine maturité institutionnelle, elle contribue aussi à brouiller les lignes politiques. Les différences entre majorité et opposition deviennent moins lisibles, et la responsabilité des décisions plus difficile à attribuer.
L’élection présidentielle de 2002 marque un autre moment marquant. Le premier tour voit l’élimination du candidat socialiste, et l’accession au second tour de Jean-Marie Le Pen face à Jacques Chirac. La réaction est immédiate : un large front politique et médiatique se constitue pour faire barrage. Le second tour se solde par une victoire écrasante du président sortant, avec plus de 80 % des suffrages. Ce résultat, exceptionnel par son ampleur, pose néanmoins une question de fond. Il repose moins sur une adhésion à un projet que sur un rejet. Le vote devient, dans une large mesure, un vote de protection.
Ce mécanisme s’inscrira durablement dans la vie politique française. Il contribue à structurer les scrutins autour d’une logique de second tour où l’enjeu principal n’est plus toujours le choix d’une orientation, mais l’évitement d’un risque perçu comme majeur. Ainsi, la période 1995–2007 apparaît comme celle d’un décalage croissant entre les attentes exprimées et les politiques menées. L’État continue d’agir, mais dans un espace de plus en plus contraint. La décision politique subsiste, mais elle s’exerce dans un cadre où l’adhésion devient plus difficile à obtenir. Un écart s’installe. Et cet écart ne cessera de se creuser.
V. Le Casse du Siècle ou l’Avènement du Cartel (2007–2012)
L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 s’accompagne d’une promesse de rupture. Le terme est central dans sa campagne : il s’agit de rompre avec les blocages, les hésitations, et une forme d’immobilisme attribuée aux années précédentes. Dès les premiers jours du mandat, le style présidentiel tranche avec celui de ses prédécesseurs. La communication se fait plus directe, plus présente, plus personnelle. La fonction présidentielle, traditionnellement marquée par une certaine réserve, évolue vers une exposition accrue.
Ce changement de forme s’accompagne de décisions structurantes. Mais c’est un événement en particulier qui cristallise les débats : la ratification du traité de Lisbonne en 2008. Ce texte reprend une grande partie des dispositions du projet de Constitution européenne rejeté par référendum en 2005. Sa ratification par voie parlementaire, conformément aux procédures constitutionnelles, suscite néanmoins une controverse politique importante. Elle alimente l’idée d’un décalage entre l’expression directe du suffrage et les décisions prises dans le cadre représentatif. Ce sentiment contribue à renforcer une défiance déjà présente à l’égard des institutions.
Par ailleurs, la présidence est marquée par plusieurs affaires judiciaires ou controverses, dont certaines donneront lieu à des procédures ultérieures. Ces éléments participent à une dégradation de l’image de la fonction, en brouillant la distinction entre exercice du pouvoir et enjeux personnels. Sur le plan international, une décision symbolique intervient en 2009 avec la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Ce choix, présenté comme un moyen de renforcer l’influence française au sein de l’alliance, est également interprété par certains comme une inflexion par rapport à la tradition d’indépendance stratégique héritée de la période gaullienne.
Dans le même temps, l’environnement économique mondial connaît une crise majeure à partir de 2008. Cette situation contraint fortement l’action publique et renforce le rôle des politiques de stabilisation financière. La période est ainsi marquée par une tension constante entre volonté de réforme et contraintes externes. Le pouvoir agit, mais dans un cadre où les marges de manœuvre sont limitées, et où chaque décision s’inscrit dans un environnement global instable.
Enfin, cette présidence s’inscrit dans une évolution plus large du fonctionnement de l’État. La frontière entre sphère publique et sphère privée, déjà en transformation, devient plus visible. Le rôle du conjoint présidentiel, notamment sous Carla Bruni, s’accompagne de moyens accrus et d’une structuration plus affirmée. Ces évolutions, si elles ne constituent pas en elles-mêmes une rupture institutionnelle, participent d’un changement de perception. La fonction présidentielle apparaît moins distante, mais aussi plus exposée, plus discutée, et parfois plus contestée. Au terme de cette période, une tendance se confirme : le pouvoir ne disparaît pas, mais il se transforme. Il devient plus visible, mais aussi plus vulnérable. Et surtout, il s’exerce dans un cadre où la décision nationale est de plus en plus imbriquée dans des dynamiques qui la dépassent.

VI. L’Europe à la Carte : cadre structurant ou alibi pour le Frexit ?
La question européenne s’impose progressivement comme un élément central de l’évolution politique française. Non pas comme une rupture soudaine, mais comme un cadre de plus en plus structurant dans lequel s’inscrivent les décisions nationales.
Depuis les années 1990, l’intégration européenne s’est approfondie à travers une série de traités, de mécanismes de coordination et de règles communes. Ces dispositifs, acceptés et ratifiés par les États membres, visent à organiser un espace économique et politique cohérent, fondé sur la libre circulation, la coordination des politiques publiques et la stabilité financière.
Dans ce cadre, la France n’est pas un acteur passif. Elle participe aux décisions, négocie les orientations et contribue à la définition des règles communes. Pourtant, dans le débat public national, l’Europe apparaît souvent comme une contrainte extérieure. Cette perception tient en partie à la nature même des politiques concernées. Les règles budgétaires, les normes techniques, ou encore certaines politiques sectorielles — notamment agricoles — s’inscrivent dans un cadre européen qui limite les marges de manœuvre nationales.Mais cette réalité s’accompagne d’un autre phénomène : l’usage politique de cette contrainte. Il est fréquent que des décisions impopulaires soient présentées comme résultant d’obligations européennes, alors même qu’elles s’inscrivent dans des orientations auxquelles la France a contribué. À l’inverse, certaines marges de flexibilité ou dispositifs protecteurs sont moins mis en avant lorsqu’ils ne correspondent pas aux priorités nationales du moment. Ce décalage alimente une confusion. L’Europe est à la fois présentée comme une nécessité et comme une contrainte, comme un projet commun et comme une source d’impuissance.
Le cas du secteur agricole illustre particulièrement cette tension. La Politique Agricole Commune (PAC) constitue un soutien majeur pour les exploitants européens, mais elle s’accompagne également de normes strictes en matière environnementale, sanitaire et économique. Dans le même temps, les accords commerciaux conclus par l’Union européenne ouvrent le marché à des produits extérieurs qui ne répondent pas toujours aux mêmes exigences. Cette situation crée un sentiment d’asymétrie chez de nombreux producteurs, confrontés à une concurrence perçue comme inégale.
La responsabilité de ces choix est partagée. Ils résultent de négociations complexes entre États membres, institutions européennes et acteurs économiques. Pourtant, dans le débat national, cette complexité est souvent réduite à une opposition simplifiée entre une Europe contraignante et un État impuissant. Un autre exemple réside dans la gestion des frontières et des politiques migratoires. Les accords de Schengen organisent la libre circulation au sein de l’espace européen, tout en impliquant une coordination accrue en matière de contrôle des frontières extérieures.
Là encore, les responsabilités sont partagées, mais la perception publique tend à attribuer les difficultés soit à une insuffisance européenne, soit à une incapacité nationale, selon les points de vue. Ainsi, l’Europe apparaît comme un cadre ambivalent. Elle structure l’action publique, mais elle sert aussi de point d’appui dans le débat politique. Elle permet d’agir à une échelle plus large, mais elle rend parfois plus difficile l’identification des responsabilités. La question n’est donc pas tant celle de la présence de la France en Europe, que celle de la manière dont elle y exerce son influence.
VII. L’OPA de 2017 : la recomposition du pouvoir
L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 marque une nouvelle étape dans cette évolution. Elle s’inscrit dans un contexte de recomposition politique profonde, caractérisé par l’affaiblissement des partis traditionnels et l’émergence de nouvelles dynamiques. Le positionnement du candidat, à la fois extérieur aux structures partisanes classiques et issu du monde économique, contribue à cette transformation. Son parcours, notamment dans le secteur bancaire et au sein de l’appareil d’État, lui confère une double légitimité technocratique et politique.
La campagne met en avant une volonté de dépassement des clivages traditionnels et une approche réformatrice assumée. Une fois élu, le président engage une série de transformations, notamment dans les domaines du droit du travail, de la fiscalité et des retraites. Ces réformes s’inscrivent dans une logique de modernisation et d’adaptation à un environnement économique en mutation. Elles visent à renforcer la compétitivité, à simplifier certaines structures et à assurer la soutenabilité des systèmes sociaux.
Parmi les sujets les plus sensibles figure celui des retraites. Le système français, fondé en grande partie sur la répartition, repose sur un équilibre entre actifs et retraités. Les évolutions démographiques, notamment l’allongement de l’espérance de vie, pose des défis importants à ce modèle. Dans ce contexte, plusieurs pistes sont envisagées ou mises en œuvre : ajustement des paramètres, harmonisation des régimes, développement de dispositifs complémentaires d’épargne.
Ces orientations suscitent des débats intenses. Elles opposent différentes conceptions du modèle social : d’un côté, une approche centrée sur la solidarité intergénérationnelle ; de l’autre, une logique d’individualisation et de diversification des sources de financement. Parallèlement, le rôle de l’épargne privée dans la préparation de la retraite tend à se développer, notamment à travers des dispositifs comme les plans d’épargne retraite (PER). Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large observée dans de nombreux pays.
Au-delà des aspects techniques, ces évolutions interrogent la nature même du contrat social. Elles posent la question de la répartition des risques entre l’État, les individus et les acteurs économiques. Dans le même temps, la présidence d’Emmanuel Macron s’accompagne d’une volonté de formalisation accrue de certains aspects du fonctionnement institutionnel, y compris en ce qui concerne le rôle du conjoint du chef de l’État. L’idée d’un statut officiel pour cette fonction est évoquée, avant d’être abandonnée face aux réactions qu’elle suscite. Elle est remplacée par une charte visant à encadrer les activités et les moyens mis à disposition. Cette évolution illustre une tendance plus générale : la recherche de transparence et de clarification dans un système devenu plus complexe, mais aussi plus exposé.
Écoutez, c’est fascinant. On a un Président qui pratique l’érotomanie politique avec la dextérité d’un croupier de casino en fin de droits : plus les Français lui hurlent « Casse-toi ! », plus il est persuadé qu’en se recoiffant devant le miroir de l’Élysée, le pays va finir par retomber amoureux de son profil gauche.
67 % de Français qui valident sa destitution ? À ce stade, ce n’est plus un sondage Odoxa, c’est un avis d’expulsion collectif. On est dans le record olympique du désamour. Le mec a transformé le « en même temps » en « tout le monde dehors, sauf moi ».
Et là, on repense au Grand Charles. 1969. Le mec perd un référendum sur la régionalisation — un truc passionnant sur l’organisation des cantons, autant vous dire que la France entière était au bord de l’apoplexie d’ennui — et qu’est-ce qu’il fait ? Il ne demande pas un délai de rétractation, il ne va pas pleurer sur TikTok, il ne cherche pas une entourloupe constitutionnelle dans les notes de bas de page de l’article 68. Non. Il pose son stylo, il éteint la lumière, et il rentre à Colombey regarder pousser ses chênes parce qu’il avait cette maladie mentale disparue qu’on appelait la « dignité ».
Aujourd’hui, on a remplacé la noblesse du retrait par la gestion de l’incruste. De Gaulle partait parce qu’il aimait la France plus que son bureau ; Macron reste parce qu’il aime son bureau plus que le fait d’être aimé par la France. On est passé du Chêne au lierre : ça s’accroche au mur, ça étouffe tout, et à la fin, il ne reste que de la pierre effritée et un conseiller en communication qui vous explique que c’est ça, le progrès.
Conclusion : une souveraineté à redéfinir
Au terme de ce parcours, une constante apparaît : la transformation progressive du pouvoir politique. Depuis 1969, la France n’a pas cessé d’exister en tant qu’État, ni de participer activement aux grandes orientations européennes et internationales. Mais les conditions dans lesquelles elle exerce sa souveraineté ont profondément évolué. Les contraintes économiques, les engagements européens, les transformations sociales et les évolutions institutionnelles ont redéfini les marges de manœuvre du politique.
La question n’est donc pas de savoir si la France a sa place en Europe. Elle l’a, de manière évidente. La question est de déterminer comment elle y exerce cette place. S’agit-il d’un acteur capable d’orienter, de proposer et de peser sur les décisions collectives ? Ou d’un État dont l’action se déploie principalement dans un cadre déjà largement défini ? Entre ces deux pôles, une tension demeure. Et c’est dans cette tension que se joue, aujourd’hui encore, la capacité de la France à définir son propre destin.
Chute
D’un pouvoir conçu comme une responsabilité, nous sommes passés à un pouvoir organisé comme une gestion. Et la véritable question n’est peut-être plus de savoir si la France est encore une puissance, mais si elle décide encore pleinement de ce qu’elle est.
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